Les deux Tigres

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 Témoignage sur la bataille de Dompaire

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steiner

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MessageSujet: Témoignage sur la bataille de Dompaire   Lun 24 Nov - 20:34

voici un extrait du hors série N°1 de la revue "Historik"

http://www.dailymotion.com/Historik/video/x4bg1n_bataille-dompaire-1_shortfilms
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steiner

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MessageSujet: Re: Témoignage sur la bataille de Dompaire   Jeu 16 Avr - 20:04

Voici une série de témoignages sur la bataille de Dompaire, tiré du site de la revue "Historik":
http://www.historik.fr/premier-dompaire-pxl-18_19.html

Le premier témoignage concerne l'enseigne de vaisseau Durville commandant un peleton de TD M10 du RBFM.

<<Nous arrivons devant Dompaire le 12 septembre 1944 vers 7 heures du soir, venant de Vittel que notre sous-groupement a libérée dans l'après-midi. Je me trouve alors en tête de colonne, avec un peloton de Sherman du 12e Chasseurs, juste derrière l'élément léger de reconnaissance, lorsque nous sommes la cible de tirs de chars et d'antichars ennemis. L'alerte aussitôt donnée, chacun se disperse, se camoufle ou utilise de son mieux le terrain. Pour ma part je pars aussitôt avec mes deux chars SIROCO et SIMOUN jusqu'à la première crête devant nous pour essayer de reconnaître les chars ennemis qui nous tirent dessus et les réduire si possible au silence.

Ce que j'aperçois alors est impressionnant. Des silhouettes en grand nombre, qui me semblent être des PANTHER, se profilent au loin, presque à se toucher. J'en aperçois un tout à coup camouflé, immobile, non loin de nous, que je signale rapidement à mes chars, mais aucun d'eux ne l'aperçoit, jusqu'au moment où son déplacement le trahit. Clac, clac ! Deux culasses viennent de se fermer et, aussitôt après, c'est le bruit assourdissant de deux coups de canon. Deux coups manqués car le premier est passé sur l'arrière du PANTHER, l'autre a ricoché sur son blindage avant. A son deuxième obus le SIMOUN l'exécute enfin. Une épaisse fumée noire et jaune s'échappe du char que l'équipage abandonne sous des rafales de mitrailleuses.

Nous demeurons sur notre position depuis une demi-heure environ lorsque nous parvient l'ordre général de faire un bond en avant jusqu'à la crête suivante. Les SHERMANN se déploient alors en bataille, l'infanterie sur les chars, mes trois destroyers - le MISTRAL, en panne depuis le début de l'après-midi, vient de nous rejoindre - prennent leurs dispositifs de protection et leur secteur de surveillance.

La nuit tombe ; il est huit heures du soir. Il fait sombre. Les pointeurs fatigués, l'œil collé à la lunette, commencent à ne plus rien distinguer. Et tout à coup, après une accalmie, nous sommes à nouveau soumis à des tirs de balles de mitrailleuses lourdes, puis d'obus. De minute en minute, leur densité augmente et les coups nous parviennent de tous les côtés à la fois. Deux half-tracks et une jeep touchés explosent et brûlent ; puis c'est un SHERMANN qui reçoit un coup de plein fouet et flambe. Notre position devient de la sorte pour l'ennemi un repère de choix aussi évacuons-nous vers l'arrière les véhicules légers pour ne garder que les chars sur la position de combat.

Les coups arrivent de plus en plus près. Le MISTRAL tire ; il me rend compte qu'il a aperçu un char qui nous prenait à partie ; il pense l'avoir touché car celui-ci s'est tu et après avoir émis de la fumée, il a disparu derrière une crête. J'aperçois maintenant sur notre gauche, à travers les arbres, quatre à cinq silhouettes de chars dont les flammes au départ des coups situent les positions. J'alerte le SIMOUN... le plus proche de mon observatoire ; il tire bien dans la direction que je lui signale, mais ses coups sont courts ou longs. Le pointeur ne voit point les objectifs dans sa lunette.

L'ennemi, par contre, fait à présent du tir repéré. Deux SHERMANN sont touchés. Notre position est bien éclairée par les lueurs des véhicules qui flambent. Un mauvais sort se dessine. Le MISTRAL me signale qu'il est découvert et que trois obus viennent de tomber à moins de dix mètres de lui. Le SIROCO, qui depuis cinq minutes ne répondait pas aux appels radio, a aperçu un char à moins de 300 mètres et le chef de char s'efforce de le faire découvrir à son pointeur. Un autre PANTHER se trouve à environ 800 mètres sur la route de Dompaire. Sa silhouette se profile dans la grisaille. Il tire dans notre direction et il touche le SHERMANN qui nous précède. A nouveau alerté, le SIMOUN tire quatre à cinq coups au jugé et sans résultat.

C'est alors qu'un agent de liaison survient, tout essoufflé, apportant l'ordre de décrochage. Il est exécuté avec célérité, car la situation risque de devenir de plus en plus critique. L'ennemi se rend compte de notre départ et il concentre son tir sur le ravin que nous devons traverser, entre les deux éminences.

Bientôt, toutes les unités se retrouvent au point de départ, en avant de Dompaire. L'infanterie se disperse en arc de protection pour la nuit. Tous les véhicules trouvent leur place au milieu du dispositif, chacun prépare son trou ou son abri. Le service est renforcé. Toute la nuit notre artillerie va "saupoudrer" les positions adverses.

Le lendemain matin, d'un observatoire où la vue domine Dompaire et les routes qui s'en échappent, un guetteur attire notre attention sur les nombreuses silhouettes de chars que l'on aperçoit sur la route de Dompaire à Damas. Nous apprenons par ailleurs l'intervention dans de brefs délais d'un appui aérien et de fait, vers 9 heures, les chasseurs arrivent, et après quelques tournoiements au-dessus de la zone de concentration des blindés ennemis, ils plongent sur leurs objectifs, lâchant bombes, rockets, obus, balles... Leur carrousel terminé, délestés de leurs munitions, les avions repartent. Nous les reverrons à deux autres reprises au cours de cette journée.

Vers 10 heures, nous recevons l'ordre du départ. Abandonnant notre position, nous débordons Dompaire par l'ouest en vue d'atteindre le nord du village. Après la traversée d'un bois, nous passons la voie ferrée de Mirecourt et entrons dans LAVIEVILLE sous les ovations de la population qui nous apprend que de nombreux chars allemands ont quitté les lieux depuis une heure, se dirigeant sur Dompaire. Notre infanterie fouille les abords de la voie ferrée et des premières maisons, tandis que des SHERMANN des chasseurs viennent nous relever. Je pousse une pointe jusqu'à l'entrée de Dompaire... jusqu'au carrefour de la route de Bazegney. Je place le SIROCO face à Bazegney, le SIMOUN face à Dompaire. Ils sont en alerte, les pièces sont chargées, les pointeurs ont le doigt sur la détente car maintenant, nous étant rapprochés du centre du village, au bruit continu des moteurs et des chars en mouvement, nous nous attendons à en voir surgir à tout moment devant nous. Mais rien ne se passe, lorsque tout à coup nous sommes survolés par des avions de chasse américains. Redoutant des risques de méprise, je fais étaler rapidement sur les chars les panneaux d'identification rouge et or. Nous assistons alors aux manœuvres d'attaque et de ressource des chasseurs, pleins d'admiration pour la précision de leurs tirs dont certains passent au-dessus de nous pour aller toucher des objectifs à quelques dizaines de mètres plus loin.

Après le départ des avions, sur terre, dans notre secteur c'est toujours l'accalmie, à peine troublée par l'énervant crépitement d'un canon de 20 m/m ou quelques coups de fusils isolés. Vers 13 heures, nous voyons arriver le colonel Massu, commandant le sous-groupement, qui vient se rendre compte de la situation et qui donne bientôt l'ordre de prendre position sur la hauteur où se trouve le cimetière. Nous y parvenons rapidement sans rencontrer de résistance. Les destroyers prennent des postes de surveillance, le SIMOUN sur un chemin qui mène au centre de Dompaire, le SIROCO sur la route de Mirecourt et le MISTRAL sur celle de Bouzemont tournant tous les deux le dos à Dompaire. A côté de nous quatre SHERMANN et une cinquantaine de fantassins du Tchad prennent position devant le cimetière. De cette sorte de promontoire, on a une très large vue sur toute la région à la sortie nord du village de Dompaire.

Depuis que nous nous y sommes installés, notre secteur est on ne peut plus tranquille. Mais voici que vers 15 h 30 des avions s'en prennent encore aux PANTHER et cette fois-ci dans la partie nord-ouest de Dompaire, c'est-à-dire devant nous. Comme l’écrit le général Fonde dans L'Agonie d'une Panzerbrigade : « Le ciel se déchire, la nature explose, et les PANTHER fuient dans les bois et les vergers ». Les avions à peine disparus, l'ennemi manifeste enfin sa présence. Deux obus de mortier éclatent entre les deux SHERMANN postés sur la route. Au même moment, des rafales de mitrailleuses dirigées sur nos véhicules rangés le long du cimetière déclenchent un branle-bas de combat dans toutes les unités. Nous revoilà plongés dans l'action. Deux PANTHER sortent des dernières maisons et s'avancent sous les pommiers. Deux SHERMANN ouvrent le feu. Le premier PANTHER atteint dans sa tourelle, prend rapidement feu ; le deuxième est déchenillé à la suite d'un coup heureux sur la poulie de tension. Mes deux destroyers qui veillaient dans une direction à l'opposé n'ont pas eu le temps d'intervenir. Profitant d'une accalmie et pressentant d'autres engagements, je les ramène sur la route... laissant le SIMOUN sur la position-clé où je l'ai placé le matin et où il ne se passera finalement rien. A peine installé sur sa nouvelle position, en alerte, le MISTRAL tire trois coups sur un objectif que je ne distingue pas. A la radio, le chef de char m'apprend qu'il vient de tirer sur un PANTHER, à défilement, à la distance de 1 600 mètres et que ses deux premiers coups ont du porter car il a disparu en laissant derrière lui une épaisse fumée noire.

Le paysage s'anime. Une vague d'infanterie allemande accompagnée de trois chars PANTHER s'avance à vive allure. Un signal de la main à Lyons, le chef de char du MISTRAL, et le coup part suivi de trois autres. Le premier char touché s'est arrêté et se met à brûler, les deux autres et leur escorte disparaissent dans la vallée. Mais voici une deuxième vague qui s'avance, semblable à la première. Dès son apparition, le MISTRAL a tiré et le char du milieu, touché, laissant échapper de la fumée, a encore la force de redescendre dans le ravin, où nous le retrouvons complètement calciné le lendemain. Tout redevient calme. Il est 6 h 30 du soir et la bataille semble terminée. Les ordres pour la nuit sont donnés. La route est complètement dégagée. Les deux destroyers MISTRAL et SIROCO prennent position devant le cimetière. Faisant le tour de nos positions avec le capitaine commandant la 5e compagnie du RMT, lorsque nous arrivons au cimetière, nous sommes très intrigués quand même par un bruit persistant de moteurs et de chenilles, à l'intérieur du village. Les Allemands préparaient-ils une nouvelle sortie ? Je décide de rapprocher le SIROCO et comme je l'invite à se tenir prêt à ouvrir le feu, il me répond avec un large sourire : « Je les attends ! ». L'attente n'a pas été longue. Dans la même direction où étaient apparus les deux premiers PANTHER, en voici trois nouveaux qui s'avancent. Le SIROCO tire aussitôt ; il tire sans interruption, d'abord des perforants, puis des explosifs. Les deux premiers chars sont touchés mortellement. Le troisième manœuvre, il essaie de se placer sur la contrepente du verger pour réduire sa silhouette et répondre aux coups qu'il reçoit. Ces coups, je les vois arriver sur son blindage avant, mais celui-ci est d'une telle épaisseur, que nos obus ne parviennent pas à le perforer. Bientôt, cependant, son immobilité totale nous prouvera qu'il a été mis hors de combat. Un quatrième PANTHER, que l'on a vu passer rapidement au cours de l'action, s'est mis en batterie dans l'endroit le plus touffu du verger et de sa position il ne tarde pas à nous arroser. Deux obus sifflent à nos oreilles et vont s'écraser sur le mur du cimetière, un troisième ricoche sur le contrepoids de la tourelle du SIROCO. L'équipage ne s'est aperçu de rien... l'obus est passé entre le bras du chef de char et la tête du chargeur. Le SIROCO riposte et tire sur le char ennemi ses dernières munitions. Le PANTHER agressé nous envoie trois ou quatre obus fumigènes pour masquer son décrochage. Tout est maintenant vraiment terminé. Toute la nuit, comme d'immenses torches, des chars allemands brûlèrent, éclairant étrangement l'atmosphère. Le lendemain matin, nous partîmes en patrouille à la recherche de nos victimes. Nous les découvrîmes aux endroits présumés où elles avaient été touchées, toutes entièrement calcinées. De nombreux cadavres d'Allemands gisaient aux alentours.

En parcourant les vergers et les rues de Dompaire, nous découvrîmes aussi une vingtaine d'autres chars ; les uns complètement disloqués ou brûlés par les bombes ou rockets de l'aviation ou par l'artillerie, les autres intacts, en état de marche, abandonnés par un ennemi complètement démoralisé, tel ce char qui avait tenté vainement de faire demi-tour dans une petite rue du village et dont l'arrière-train était venu se prendre, comme dans une pince, pour ne plus en sortir, dans l'intérieur d'une maison, ou cet autre dont l'immense canon était resté bloqué entre les deux murs opposés d'une étroite ruelle.>>
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steiner

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MessageSujet: Re: Témoignage sur la bataille de Dompaire   Sam 18 Avr - 23:34

Voici le témoignage de deux anciens du 12ème régiment de chasseur d'Afrique, tiré du site de la revue "Historik":
http://www.historik.fr/premier-dompaire-pxl-18_19.html :


<<Il était tard lorsque nous avons quitté Vittel vers 16 heures ce 12 septembre 1944. L’objectif après avoir quitté la cité thermale était de gagner rapidement la Moselle. La progression s’était faite rapidement jusqu’au village de Bainville-aux-Saules, sans accroc, mais au carrefour qui est au centre de ce village, les premiers éléments de reconnaissance du Tchad sont tombés nez à nez avec une voiture allemande qui surprise fut détruite sur le champ, la progression continuant vers Begnecourt. L’élément de tête était constitué du 3e peloton du 2e escadron du 12e RCA. Ces chars étaient dans l’ordre : Provence, Camargue, Corse, Esterel et Languedoc. La jeep du colonel Massu était parmi nous. À la sortie de Begnecourt un canon antichar de 25 se trouvant au carrefour de la route Geldecourt-Adompt se manifeste par quelques tirs de flanc, nous le mettons rapidement hors de nuire. A l’entrée du village de Adompt, il nous semble voir une autre pièce plus importante, nous lui adressons plusieurs obus de nos 75 et là nous voyons une débandade d’Allemands C’était une fausse pièce, la ferme a été incendiée par nos tirs. La progression continuant nous avançons vers Dompaire en arrosant les bois qui se trouvent de part et d’autre de la route et où il semble y avoir des fantassins allemands. Dans une courbe sur la hauteur nous apercevons une voiture allemande (Daimler) qui nous apercevant fait un demi-tour sur la route, mais Michel mon tireur ne lui en laisse pas le temps et l’explosif la détruit. L’officier allemand qui la conduisait est tué, la voiture brûle et obstrue la route, nous sommes obligés de passer à travers champs pour reprendre la route. Arrivés au sommet de la crête d’Assoncourt nous apercevons Dompaire avec son clocher et l’usine Pierrot qui se distingue dans le lointain. La descente s’amorce mais là le char de tête, le Provence, est pris à partie par des antichars (canons russes) qui se trouvent sur le chemin de l’Hermitage. Ce char est immobilisé, chenille coupée, et là il se couche dans le fossé, mais il a eu le temps de nous signaler par radio la progression de chars allemands sur la droite et montant dans notre direction puis d’autres sur la gauche qui se déploient en formation de combat. L’ordre est de nous déployer sur la droite en ligne de combat et nous tirons sur ce char qui nous fait face à 800 mètres approximativement, mais hélas malgré les coups au but nous avons le désespoir de voir nos obus ricocher et filer droit en l’air, et le jour baisse et nos munitions aussi. Appel est fait à un TD qui tire lui aussi sur ce char. Nous apprendrons plus tard que c’était le char de commandement, les marins ont réussi à l’enflammer et quelques Allemands s’en échappent, mais il réussit à repartir, le feu ayant été éteint. Il sera achevé par des gars du RMT, au Bazooka, qui progressant vers le Provence, le prenne de flanc, et ses occupants restant seront abattus à l’explosif.

La nuit tombant cela tire de partout, l’on ne sait plus très bien où sont nos éléments avancés. Après quelques obus envoyés sur la tour qui surmonte l’usine Pierrot où nous supposons que quelques guetteurs allemands surveillent nos mouvements, soudain deux obus fumigènes font mouche sur notre char (Corse). Un commencement d’incendie se déclare dans le moteur, notre chef de char est brulé à la figure, ainsi que mon tireur, par le phosphore. L’air est irrespirable, nous devons sortir de notre carcasse. Nous réussissons à éteindre ce commencement d’incendie, Gustave est parti voir les chars sur la droite, car nous n’avons plus de liaison radio et nous ne savons où sont passés l’Estérel et le Languedoc. Ils ont progressé vers la côte de Galvenet (route Dompaire-Ville-sur-Illon), mais sont stoppés par cinq chars allemands qui nous prennent de flanc. Le char Langedoc (Bascoul) tire trois obus sur le premier char. Le 3e obus enflamme le premier char allemand. Le second char allemand vient se placer avec un angle de 45° au-delà du char qui est en flammes. Le Languedoc tire encore 7 obus sur le 2e char, obus qui ricochent sur le blindage. A ce moment ce char allemand tire un obus sur le Languedoc et fait mouche : l’obus pénètre dans l’habitacle avant et blesse l’aide-conducteur en explosant sur l’arbre de transmission et met le feu au char. L’équipage évacue et se retire derrière la crête. Quelques minutes après Bascoul revient près du char, tire les extincteurs depuis l’extérieur. Le feu s’éteint. Il essaie de remettre en route, mais en vain, l’arbre étant détruit. Ce char sera récupéré le lendemain par l’atelier.

Pour ma part, après l’évacuation du Corse j’étais replié à proximité, dans les vignes. J’avais perdu mes camarades, ne sachant plus après le bombardement de chars où se trouvaient amis et ennemis, il faisait nuit complète, je ne me souviens plus de l’heure. Derrière moi le Morvan, char du 1er peloton, brûlait, un half-track également, et ces flammes dans la nuit étaient sinistres, et toujours le bruit de roulement de chenilles qui semblaient venir vers nous. Soudain je me décide et, pistolet à la main, je rampe dans un champ de patates, repasse les vignes où je laisse une partie de ma combinaison, et d’un bond je fonce au char qui est là, tout phosphorescent, mais brusquement une ombre surgit à l’instant où je grimpe dans la tourelle. Je vais tirer, mais dans un éclair je reconnais Michel, mon tireur. Aussitôt nous essayons de remettre en route, lui au pilotage, moi au canon, le guidant comme je pouvais, et tel un vers luisant nous voilà partis, récupérant Matron, mon conducteur, au passage.

De temps en temps quelques obus nous sifflent aux oreilles, nous ne savons trop où nous diriger, si ce n’était revenir en arrière, après un temps qui m’a semblé bien long nous tombons sur des éléments du Tchad qui, heureusement pour nous, avaient reconnu la silhouette d’un SHERMAN. Après quelques explications ils nous indiquent où devaient se trouver nos éléments. L’aviation allemande rôde et toujours les bruits de chenilles dans le lointain. Mon pauvre Corse est bien trop visible avec ce phosphore dont il était couvert avec l’eau de nos jerricans nous essayons de le faire disparaître, puis la nourrice de pinard que nous gardions depuis Paris y passe, mais rien n’y fait et l’impression nous est que nous allongions le mal. En désespoir de cause les branches de mirabelliers voisins serviront de camouflage, et la longue nuit d’attente commence car le sommeil n’y est pas. Que nous réserve demain, avec tous ces chars que nous avons aperçus, ils sont plus forts et nombreux que nous ne le supposions, et ces obus qui ricochent dessus en montant vers le ciel en nous narguant... Enfin, avec le jour l’attente s’achève, il y a de la brume dans la vallée de la Gitte, la progression reprend sur la RN 28, puis s’arrête en position près du char Air Support. Nous entendons sans le comprendre le dialogue qui des passe entre ce char américain et l’aviation qui se pointe à l’horizon. Nous commençons à comprendre, Michel qui connait un peu l’anglais nous avait commenté ce qui se passait et alors le carrousel des P47 commence. La joie au cœur nous les voyons piquer sur Dompaire, les rockets partent de dessous leurs ailes et à chaque fois une grosse fumée noire s’élève vers le ciel. Mais que doivent souffrir tous ces pauvres gens blottis dans les caves. Dans la matinée l’ordre nous ait donné d’abandonner notre axe et de progresser à travers champs vers le bois de Chanot. Sous son couvert nous approchons de Lavieville, et nous tombons par un petit chemin sur la route Mirecourt-Dompaire, RN 66, à proximité du passage à niveau. Il est midi bien passé. Un char allemand brûle à proximité. Nous apercevons sur note gauche des chars allemands qui se replient. Ils sont loin car nous n’apercevons qu’un petit morceau de côte très rude qui monte vers Bouzemont, mais ordre nous ait donné de ne pas tirer car des éléments de chez nous sont de l’autre côté du cimetière que nous apercevons, et nous risquons de les atteindre, et que ferons-nous avec nos pétoires sur ces PANTHER ? Nous apercevons une flamme dans ce bois et nous saurons plus tard que c’est un avion qui est tombé, son pilote nous rejoindra vers le cimetière le lendemain. Nous entrons dans le village de Lavieville, le contact avec la population qui sort des caves se fait. Nous sommes pris pour des Américains, puis après pour des Canadiens, par un brave ancien de 14 qui, nous offrant la Mirabelle, n’en croit pas ses yeux que nous parlions si bien français. Depuis deux jours nous n’avions pu faire le moindre brin de toilette, aussi la fontaine de cette rue Saint-Jacques fut la bienvenue, mais il fallait, le combat ayant cessé pour notre coin en ce 13 septembre au soir, penser au cantonnement et au ravitaillement. Aussi, avisant un brave homme qui nous regardait, nous lui demandions s’il n’avait pas un lapin à nous vendre et dans la joie de la libération il nous amène un superbe lapin qui, occi et dépouillé presto, il fallait faire cuire. Je ne savais pas à ce moment-là que ce monsieur, prisonnier libéré comme grand malade, allait devenir quelques mois plus tard mon beau-frère. Nous avons trouvé cantonnement chez une vieille dame dont le fils était prisonnier.

À la barrière SNCF, la section du lieutenant Guigon était bloquée à proximité de la maison de maison de monsieur Biguet, seule maison qui existait à cette époque. Une mitrailleuse allemande et des tireurs isolés de part et d’autre du passage à niveau, dans la baraque du Père Mulat devait se trouver un FM ou une mitrailleuse. La section entourait la maison et ne pouvait progresser. Dans le combat qui se déroulât cette section subit de lourdes pertes.

Ceci se passait dans la matinée du 13. Pendant ce temps d’autres éléments du 12e Chasseurs s’emparait de Damas- Ville-sur-Illon où le char Champagne fut détruit, tiré par des éléments blindés allemands qui, contre-attaquaient, venant de Lerrain-Pierrefitte. Pour nous, au petit matin du 14, ordre nous ait donné de fouiller grosse une maison bourgeoise à notre gauche, où la veille le général von Manteuffel y avait son PC (remarques des réalisateurs : il s’agissait en réalité du poste de commandement de la 16ème Division d'Infanterie du général Ersnt Haechel). Nous l’avons loupé de peu, arrivé au centre de Lamerey après le pont, la ferme de monsieur Dorget est détruite, un char allemand s’y était camouflé et avait provoqué sa destruction. Le petit chemin de la Corvée est lui obstrué par un PANTHER qui, intact, tient la largeur de la route. Ce sera un des deux qui étaient devant les Invalides, mais il était miné et avec Fernand mon aide-conducteur, nous avons faillit en pénétrant dans la tourelle le faire exploser. La culasse du canon était reliée par un fil aux batteries, et c’est ce fil qui nous a donné éveil. Nous l’avons signalé aussitôt. Après ce court intermède ordre nous ait donné de monter la rue du Haut-Pays, prendre position à la sortie de Lamerey face aux bois, et de là nous battions la route d’Epinal, craignant une contre-attaque pouvant venir de Maisons-Rouges, Hennecourt… d’ailleurs je crois que cela s’est produit sans ampleur. La remontée de cette rue, où de chaque côté sont des fermes, les habitants, après plusieurs jours passés dans las caves, nous accueillent chaleureusement et chacun aura son gîte. C’est d’ailleurs là que je connaitrais celle qui plus tard sera mon épouse. J’ai pu étudier pendant 17 ans notre combat car je fus pendant ce temps un habitant adopté par la population. Le 15 septembre dans l’après-midi, alors que nous tenions la position, nous avons eu la grande joie d’avoir la visite du général Leclerc, la population applaudissait chaleureusement. Dans ces deux jours de combat la 112e Panzerbrigade perdait un matériel en partie neuf, tel ce char que nous avons fait déminer : 69 kms au compteur ! 65 chars, cette 112e PanzerBrigade ne réapparaitra plus dans les combats futurs.

Pour Lamerey qui avait beaucoup souffert, une vingtaine de maisons et fermes étaient incendiées et beaucoup d’habitants avaient perdu leurs foyers et leurs avoirs.
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MessageSujet: Re: Témoignage sur la bataille de Dompaire   Lun 20 Avr - 1:20

La bataille de Dompaire passe comme un fait d'armes de la 2° DB mais personne n'avait prévu la réaction allemande. Les équipages de chars et plus particulièrement le RBFM se sont illustrés magnifiquement mais on a eu sacrement chaud au cul! Sans "l'air support" U.S qui a été rameuté en urgence cela se serait beaucoup plus mal passé et là c'est Massu qui le dit !

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MessageSujet: Re: Témoignage sur la bataille de Dompaire   Lun 20 Avr - 17:34

Je ne connais pas suffisamment le déroulement des combats, mais apparemment c'était le GT Langlade qui a fait face aux éléments de la 112 Brigade (1 bataillon de Panther, au moins un bataillon de panzergrenadiers plus de l'artillerie). En terme de rapport de force, c'est quasiment du 1/1. En plus sherman contre Panther, peut être qu'en priant très fort Saint George ça peut aider mais ça a du être très chaud.

Il y a quand même un facteur qui a du aider c'est la qualité des Français, bien entrainé, habituer a manœuvrer ensemble et de l'autre coté, le manque d'expérience coté teutons.
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MessageSujet: Re: Témoignage sur la bataille de Dompaire   Mar 21 Avr - 11:36

Ceci étant attention, les panthers avaient un grave défaut de conception que leurs adversaires utilisaient à outrance: une fois touché, ses munitions n'étant pas protégées, le char avait très vite tendance à prendre feu. Conçu pour les engaments sur le terrain du front de l'est, la France avec ses distances d'engagement réduites n'est pas du tout un terrain favorable au fauve allemand.
Dans ces conditions, le sherman a toutes ses chances, surtout s'il peut surprendre son adversaire de flanc.
De plus petite question: y avait-il des sherman 76mm du côté français? Il me semble que les unités de la 2ème DB en avait un par peloton?
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MessageSujet: Re: Témoignage sur la bataille de Dompaire   Mar 21 Avr - 14:29

J'espère que blindaille pourra nous en dire plus la dessus. Mais lors de l'engagement de la 2ème DB à la fin juillet, elle ne possédait aucun sherman avec un canon de 76 mm.

Concernant les unités blindées US (bataillons blindés autonome ou intégrés à une armoured division), les shermans armés en 76 arrivèrent à partir de juillet 1944, par le biais des remplacement de blindés détruit ou endommagés. On estime que a la fin 44, 1/3 des shermans étaient armés du 76 mm.

Sur un autre point concernant l'armement, tout le monde sait que les blindés US étaient équipés d'un stabilisateur de tir sur l'armement principal. A la fin 44, 1/5 des blindés en étaient équipés. Ce système bien moins performant que nos gyrostabilisateur actuel, permettait au blindé roulant (lentement) sur un terrain peu accidenté, de garder le pointage sur sa cible. Ce dispositif bien que basique permettait à un blindé de tirer (avec certaines conditions) en se déplaçant, ce qui était pratiquement impossible pour un char classique.
Blindaille, si tu as des infos la dessus ?
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